Thomas Friedman : l’IA, un « deuxième Big Bang » pour le monde
Dans une tribune publiée par le New York Times et intitulée « Nous avons lancé le deuxième Big Bang », Thomas Friedman estime que le monde traverse un bouleversement plus déterminant que les grands événements des dernières décennies. Pour le chroniqueur américain, l’intelligence artificielle se trouve au cœur de cette mutation, mais l’enjeu dépasse la technologie elle-même. Il appelle les États-Unis et la Chine à s’entendre sur des normes communes.
Un tournant comparé aux grands événements du passé
Selon Thomas Friedman, cette période dépasse en importance les événements majeurs qui ont marqué les décennies passées. Il cite les deux guerres mondiales, la chute du mur de Berlin, l’apparition d’Internet et l’ouverture à la Chine. Le journaliste baptise cette phase le « deuxième Big Bang ». Il explique que l’humanité développe désormais des capacités qui ne se limitent plus à transformer le monde. Elles lui permettent aussi de remodeler les conditions mêmes de la vie.
Sept capacités qui offrent une influence sans précédent
Thomas Friedman place la révolution de l’intelligence artificielle au centre de ce changement. Il souligne toutefois que la question va au-delà de la technique. Selon lui, l’humanité détient aujourd’hui sept capacités exceptionnelles. Elle peut créer un esprit artificiel distinct de la biologie humaine et relier les habitants de la planète par un réseau comparable à un système nerveux planétaire. Elle a aussi provoqué le changement climatique et bâti un cyberespace mondial difficile à soumettre à une seule autorité. Elle a en outre scindé l’atome et utilise l’apprentissage profond pour percer les secrets de l’univers. Enfin, il évoque la convergence possible, à l’avenir, de l’informatique quantique, de la fusion nucléaire et de l’intelligence artificielle.
Fabriquer à l’échelle moléculaire, comme un « moment de création »
D’après l’auteur, la réunion de ces trois technologies pourrait permettre de concevoir n’importe quel objet à partir du niveau moléculaire. Il compare ce bouleversement à un « moment de la création ». Mais il y voit un problème de fond : ces capacités progressent plus vite que les règles éthiques et juridiques. Elles évoluent aussi plus vite que les institutions internationales, pourtant censées encadrer leur usage.
Une technologie appelée à s’immiscer partout
Thomas Friedman avertit que l’intelligence artificielle se distingue des technologies précédentes. Elle est en effet appelée à pénétrer presque tous les objets, des voitures aux montres, des appareils ménagers au matériel médical. Il imagine ainsi une prothèse de hanche dotée d’intelligence artificielle, fabriquée en Chine, capable d’ajuster sans cesse ses performances. Cette prothèse enverrait pourtant les données du patient à son fabricant, installé à Shanghai. L’auteur se demande si le patient serait rassuré par leur utilisation. Il s’interroge aussi sur la réaction des États face à l’introduction de technologies étrangères dans leurs infrastructures vitales, sans garanties sur les données et leur contrôle.
Le risque d’un repli entre grandes puissances
Dans ce contexte, l’éditorialiste anticipe qu’un manque de confiance entraînerait un recul du commerce et de la coopération technologique entre les grandes puissances. Les États-Unis et la Chine hésiteraient alors à utiliser les produits de l’autre. Pour éviter ce scénario, il juge nécessaire un accord entre les deux pays, principales puissances de l’intelligence artificielle. Cet accord fixerait des normes et des garde-fous éthiques communs, afin de garantir un usage sûr de la technologie et de protéger les sociétés contre ses dangers.
Un destin partagé qui impose de coopérer
Thomas Friedman reconnaît qu’une telle entente paraît difficile, en raison de la rivalité géopolitique et du manque de confiance. Il prévient cependant que reporter le sujet ne le fera pas disparaître. Le problème deviendra plus difficile à traiter à mesure que les technologies gagneront en puissance et en diffusion. Selon lui, l’intelligence artificielle ne peut pas être laissée aux générations futures. Elle ne peut pas non plus relever de la coopération intermittente qui a caractérisé les relations internationales jusqu’ici.
Le message plus large de l’auteur est que les États partagent désormais un destin commun, qu’ils le veuillent ou non. La technologie donne aux individus comme aux gouvernements le pouvoir d’influencer les autres à distance, plus vite, plus profondément et à moindre coût qu’avant. Les systèmes intelligents et les robots ajoutent de nouveaux niveaux de risque et de complexité. Thomas Friedman conclut que l’humanité ne pourra pas affronter cette période par la seule force, ni attendre qu’on lui fournisse des règles toutes prêtes. Elle doit bâtir des règles et des normes mondiales communes. Elle doit aussi se défaire du fanatisme, des appartenances étroites, de la polarisation et du discours toxique qui entravent la coopération.
Selon lui, le choix ne se pose plus entre la coopération et l’indépendance totale. Il oppose une coopération qui permet de gérer ces nouvelles capacités à des crises dont tous paieraient le prix. Soit les pays apprennent à temps à construire des relations d’interdépendance saines, soit ils devront l’apprendre après une catastrophe mondiale. Dans les deux cas, leur sort restera lié.










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