Egypte: Une réforme constitutionnelle Pharaonique pour le président Al Sissi

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PARIS (Reuters) – Quatre ONG égyptiennes et françaises ont condamné mardi les amendements constitutionnels soumis le même jour au Parlement égyptien, une nouvelle étape selon elles dans le “glissement vers une forme de totalitarisme”.

La réforme constitutionnelle, qui a déjà reçu en février l’accord de principe des députés, propose de faire passer la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans et de ne pas tenir compte de ceux que le chef de l’Etat a déjà accomplis, ce qui permettrait à Abdel Fattah al Sissi de se maintenir à son poste jusqu’en 2034.

“Il ne s’agit plus d’une nouvelle étape dans la consolidation d’un régime autoritaire mais d’un glissement vers une forme de totalitarisme”, a estimé Claire Talon, ex-directrice du Bureau Moyen-Orient de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH)lors d’une conférence de presse à Paris.

Un amendement confère par ailleurs au président de nouveaux pouvoirs en matière de nomination des juges et des procureurs, d’autres stipulent que l’armée a le devoir de protéger “la Constitution, la démocratie, la cohésion fondamentale du pays et sa nature civile” et élargissent les compétences des tribunaux militaires.

“La situation des droits de l’Homme est aujourd’hui catastrophique en Egypte. Le pouvoir de l’État s’ingère aujourd’hui partout, ce qui laissera des conséquences, quand bien même nous aurions de nouveau un régime démocratique”, a estimé Moataz El Fegiery, cofondateur du Egyptian Human Rights Forum (EHRF), aux côtés d’Euromed Rights, de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH).

Amr Waked, acteur égyptien vivant à l’étranger, condamné par contumace (notamment pour propagation de fausses informations), a exhorté pour sa part les pays européens à suspendre tout soutien au régime.

“Je pose la question à la communauté internationale, à la France et aux pays européens : pourquoi donnez-vous une légitimité à ce régime ? Pourquoi lui vendez-vous des armes ? N’êtes-vous que des vendeurs d’armes? Où sont vos valeurs ?”

Après la révolution égyptienne de 2011, de nombreux militants pro-démocratie, opposants libéraux et journalistes ont été jetés en prison avec l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al Sissi en 2014, ainsi que des dizaines de milliers d’islamistes.

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