Le Hirak obtient la démission président du Conseil constitutionnel M Tayeb Belaiz

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Âgé de 70 ans, Tayeb Belaiz, un proche de Bouteflika, était à la tête de l’institution chargée de valider les dossiers de candidatures à la présidentielle et de contrôler la régularité des opérations de vote lors du scrutin prévu le 4 juillet.

Incarnation d’un «système» dont la contestation algérienne réclame la fin, le président du Conseil constitutionnel algérien Tayeb Belaiz a à son tour démissionné mardi, deux semaines après le chef de l’État Abdelaziz Bouteflika, dont il était un très proche. Tayeb Belaiz, 70 ans, faisait partie, avec le chef de l’État par intérim Abdelkader Bensalah et le chef du gouvernement Noureddine Bedoui, des «3B» dont les contestataires réclament le départ, depuis la démission le 2 avril, sous la pression conjuguée de la rue et de l’armée, de Bouteflika après 20 ans de pouvoir.

Ancien magistrat, ministre de façon quasi ininterrompue durant plus de dix ans – essentiellement à la Justice et à l’Intérieur -, Tayeb Belaiz, 70 ans, avait été nommé le 10 février à la tête du Conseil constitutionnel par Bouteflika – dont il était devenu conseiller spécial – pour remplacer Mourad Medelci, décédé quelques jours auparavant. Son poste en faisait un des plus importants personnages de l’État algérien et lui conférait un rôle clé dans la présidentielle prévue le 4 juillet pour élire un remplaçant à Bouteflika. Le Conseil constitutionnel est notamment chargé de valider les dossiers de candidatures à la présidentielle et de contrôler la régularité des opérations de vote en Algérie.

En tant que président du Conseil constitutionnel, c’était à lui que revenait de déclencher le processus devant constater «l’empêchement» de gouverner du chef de l’État, lorsque Bouteflika, victime d’un AVC, avait été hospitalisé 80 jours en France en 2013. Il avait résisté aux multiples appels de l’opposition et de la presse en ce sens. Il avait à nouveau résisté fin mars aux appels sibyllins du chef d’état-major de l’armée le général Ahmed Gaïd Salah, suggérant cette procédure constitutionnelle pour écarter Bouteflika afin de mettre fin à la crise née de la contestation populaire.

«Au tour de Bensalah!», ont clamé des milliers d’étudiants rassemblés à Alger en accueillant la nouvelle de la démission de Belaiz, qui était par ailleurs chargé par la Constitution d’assurer l’intérim à la tête de l’État en cas de démission de Bensalah. Des centaines d’étudiants ont encore manifesté mardi dans le centre d’Alger, forçant parfois les cordons de police, pour exiger également le départ du président par intérim, ont rapporté des témoins. Ils scandaient «Non à Bensalah» et agitaient des drapeaux algériens sous le regard des policiers qui ne sont pas intervenus. D’autres manifestations d’étudiants ont été signalées dans plusieurs villes comme Bouira, Boumerdès et Tizi Ouzou.

Des poursuites judiciaires contre «toute la bande»
La démission de Tayeb Belaiz intervient au premier jour d’une révision exceptionnelle des listes électorales, qui doit durer une semaine, dans la perspective du scrutin présidentiel qui doit être organisé le 4 juillet, veille de l’anniversaire de l’indépendance de 1962. Des magistrats et des maires ont d’ores et déjà indiqué qu’ils boycotteraient cette étape. Pour les contestataires algériens, le maintien à la tête de l’État des structures et personnalités issues du «système» mis en place par Bouteflika ne permet pas de garantir un scrutin libre et équitable pour élire son successeur.

Mercredi, le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah, a assuré que la justice allait engager des poursuites contre «toute la bande» impliquée dans des affaires de corruption. Les protestataires exigent des réformes radicales, la fin du «système» et le départ des personnalités liées au «clan Bouteflika» au pouvoir depuis vingt ans. La désignation de Bensalah comme chef de l’État par intérim découle de la Constitution algérienne mais les manifestants contestent ce choix, y voyant un moyen de perpétuer le régime actuel.

Ahmed Gaïd Salah a assuré mardi que l’armée algérienne ne tournera pas ses armes contre le peuple, appelant la rue à la «patience» et à ne pas «perturber le fonctionnement» de l’État, et assurant que toutes les options étaient «ouvertes» pour trouver une solution à la crise. Mais l’éventuel rôle de l’armée dans la transition post-Bouteflika continue de susciter de nombreuses questions, malgré l’assurance de son chef d’état-major qu’elle respectera la Constitution. Les manifestants continuent d’exiger le départ de l’ensemble du «système» au pouvoir, et le général Gaïd Salah en fait définitivement partie.

Reuters Agences

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