Brexit: Un nouveau revers pour Theresa May à la Chambre des communes

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LONDRES (Reuters) – La Chambre des communes a infligé jeudi un nouveau revers à Theresa May en refusant par 303 voix contre 258 de lui renouveler son soutien à la stratégie que suit la Première ministre pour obtenir de Bruxelles des modifications de l’accord de Brexit.

Ce résultat, même s’il n’est pas contraignant, fragilise une nouvelle fois la Première ministre britannique. A 43 jours du divorce, fixé au 29 mars au soir, elle va désormais avoir du mal à convaincre ses interlocuteurs européens qu’elle disposerait d’une majorité parlementaire s’ils acceptaient de rouvrir l’Accord de retrait.

Il accentue de fait le risque d’une sortie sans accord, ce “no deal” aux allures de scénario cauchemardesque pour de nombreux acteurs de l’économie britannique ou, à l’inverse, d’un report voire d’une annulation du Brexit.

Dès le résultat du vote connu, le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a sommé Theresa May de venir s’expliquer devant les Communes afin qu’elle admette l’échec de sa stratégie. Le président de la Chambre, John Bercow, a aussitôt rappelé que la présence de la Première ministre n’était pas obligatoire.

Dans un communiqué, les services du 10, Downing Street ont répliqué en accusant les travaillistes d’avoir, en votant contre le gouvernement, rendu plus probable le risque d’un divorce sans accord avec l’UE.

Theresa May persiste pour sa part dans sa volonté de renégocier l’accord. “Le gouvernement continuera sur cette voie avec l’UE pour garantir que nous sortirons dans les temps le 29 mars”, a souligné son porte-parole.

EXCLURE LE NO DEAL, LA PIRE STRATÉGIE ?

La motion soumise jeudi aux voix par le gouvernement saluait l’exposé que May avait présenté mardi devant la Chambre sur l’état de ses discussions avec les Européens. Et, conformément à un amendement conservateur adopté le 29 janvier dernier par 317 voix contre 301, elle réaffirmait le soutien des parlementaires à sa tentative de renégociation de l’accord de Brexit visant à trouver des “mécanismes alternatifs” au “backstop” nord-irlandais, la clause de sauvegarde qui doit éviter en dernier recours le rétablissement d’une frontière physique à travers l’île d’Irlande.

Mais cette fois, les plus ardents Brexiters de son Parti conservateur, regroupés au sein de l’European Research Group (ERG), lui ont fait défaut, préférant se réfugier dans l’abstention.

Jusqu’à la dernière minute, les ministres et le “chief whip”, chargé de faire respecter la discipline de vote au sein du Parti conservateur, ont tenté de convaincre ces dizaines d’élus tories de revenir sur leur choix.

Mais ils sont restés inflexibles, soupçonnant May de “jouer la montre” pour faire adopter aux forceps et dans les derniers jours précédant le divorce l’accord négocié avec Bruxelles – qu’ils refusent catégoriquement.

Ils reprochent notamment à May d’avoir accepté d’exclure la piste du “no deal”, ce qu’elle dément. “Exclure le ‘no deal’ serait la pire stratégie de négociation possible et serait contraire à l’intérêt national”, prévenait ainsi sur Twitter Steve Baker, membre de l’ERG.

En s’abstenant, ils ont fait passer un message clair à May: leur soutien ne peut pas être considéré comme acquis.

UNE PREMIÈRE MINISTRE SANS MAJORITÉ ?

“Dans n’importe quelle circonstance normale, on se dirigerait vers des élections générales (anticipées)”, a commenté l’élue travailliste Alison McGovern, interrogée par l’agence Reuters.

“Il est clair que la Première ministre ne peut pas réunir facilement une majorité à la Chambre des communes, un point qui est pourtant central dans notre système politique”, a-t-elle ajouté.

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