Le coronavirus étrangle l’économie mondiale

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Washington (AFP) – Avec la chute du PIB américain qui met fin à dix ans de croissance, l’économie mondiale n’en finit plus d’encaisser les coups sous l’étau des restrictions qu’imposent la pandémie du nouveau coronavirus, incitant au déconfinement malgré les risques de résurgence de la maladie et à accélerer les recherches pour un vaccin.

Alors que de multiples essais cliniques sont en cours en Europe, en Asie et aux Etats-Unis pour trouver un traitement efficace contre le Covid-19, le médicament remdesivir, du laboratoire américain Gilead, a montré des résultats encourageants pour accélérer le rétablissement des malades hospitalisés, a défaut d’avoir un impact significatif sur leur mortalité, selon un essai très attendu mené en partenariat par ce laboratoire avec les Instituts de santé américains (NIH).

– “Une importante preuve de concept” –

Le remdesivir a accéléré de 31% le temps de rétablissement des malades, selon cette étude. Le laboratoire Gilead a parlé de résultats “positifs”. Le directeur de l’Institut des maladies infectieuses, et membre de la cellule de crise de la Maison Blanche, Anthony Fauci, s’est montré prudemment optimiste, y voyant une “importante preuve de concept”.

Le même jour cependant, la revue médicale de référence The Lancet a publié des résultats décevants d’une plus petite étude chinoise sur ce même remdesivir, concluant qu’il n’avait “pas de bénéfice clinique significatif” contre le Covid-19.

Nombre d’hôpitaux soignent depuis le début de la pandémie leurs patients avec ce médicament, aux côtés d’autres antiviraux ou encore de l’hydroxychloroquine, mais il est pour le moment difficile pour les médecins d’en déterminer l’efficacité réelle en l’absence d’essais rigoureux.

Partie du centre de la Chine en décembre, l’épidémie de Covid-19 a contaminé depuis 3,1 millions de personnes dans le monde, et fait plus de 217.000 morts malgré le confinement de plus de la moitié de l’humanité, selon une compilation de bilans officiels.

Et comme un rappel du danger posé par la maladie, l’apparition dans plusieurs pays européens de cas d’enfants affectés par un syndrome inflammatoire grave, ressemblant à la maladie de Kawasaki, suscite désormais l’inquiétude, car il pourrait être lié au coronavirus.

L’alerte est partie ce week-end d’Angleterre, avec un signalement du service public de santé, NHS England. Dans la foulée, un petit nombre de cas similaires a été mentionné en France, aux Etats-Unis, en Espagne ou en Belgique. Le phénomène s’est accéléré depuis environ une semaine.

Si les enfants affectés évoluent quasiment tous de façon favorable, la préoccupation n’en est pas moins vive, alors que toutes les études ont jusqu’à présent montré que les formes graves de la maladie Covid-19 étaient rarissimes chez les plus jeunes.

– Comité d’urgence –

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé qu’elle réunirait jeudi les experts de son comité d’urgence afin d’évaluer l’évolution de la pandémie. L’agence onusienne, qui donne le la de la lutte mondiale contre la maladie, est depuis des semaines l’objet de vives critiques des Etats-Unis -qui lui ont coupé les vivres- pour sa supposée trop grande indulgence envers la Chine.

C’est la première fois que l’OMS convoque son comité d’urgence depuis le 30 janvier, date à laquelle elle avait décrété une “urgence sanitaire de portée internationale”, le niveau le plus élevé d’alerte.

A ce jour, les Etats-Unis sont le pays le plus touché, avec plus d’un million de cas diagnostiqués et 58.351 décès, soit plus que le nombre des militaires américains morts lors de la guerre du Vietnam.

En Europe, la pandémie a tué plus de 130.000 personnes, dont les trois quarts en Italie (27.359 morts), en Espagne (24.275), en France (24.087) et au Royaume-Uni.

Dans ce dernier pays, le bilan a brutalement augmenté à 26.097 morts mercredi, soit le deuxième plus lourd en Europe après l’Italie, du fait de l’inclusion des maisons de retraites, ont indiqué les services de santé.

Au-delà du drame humain, les indices économiques en chute libre n’en finissent pas de tomber, qui confirment l’impact dramatique de la pandémie sur l’économie planétaire.

Après dix années de croissance ininterrompue, les Etats-Unis ont annoncé mercredi un recul de leur PIB de 4,8% en rythme annuel pour le premier trimestre de l’année, selon une estimation préliminaire du département du Commerce. Ceci alors que plus de 26 millions de personnes se sont inscrites au chômage ces cinq dernières semaines, du jamais vu.

Il s’agit de la plus importante baisse du PIB depuis le dernier trimestre 2008 quand les Etats-Unis s’enfonçaient dans la crise financière.

– “Toute la palette” –

La pandémie “présente des risques considérables” pour l’économie américaine, a mis en garde mercredi la Banque centrale américaine (FED), qui s’est dite prête à utiliser “toute la pallette d’outils” à sa disposition pour en atténuer l’impact.

Le gouvernement allemand s’attend, lui, à la pire récession depuis le début des calculs en 1970 avec une baisse du PIB de 6,3% cette année, a annoncé mercredi le ministre de l’Economie, Peter Altmaier. “Nous allons vivre la pire récession de l’histoire de la République allemande”, a-t-il prévenu.

Le trafic aérien mondial quant à lui a enregistré en mars la plus forte baisse de son histoire récente avec une chute de 52,9% par rapport à l’an dernier, retombant au niveau de 2006, a annoncé mercredi l’Association internationale du transport aérien (Iata).

En écho à cette annonce, le constructeur aéronautique Boeing a confirmé de son côté qu’il allait réduire ses effectifs globaux d’environ 10%. Plusieurs grandes compagnies ont déjà annoncé des plans de suppressions d’emplois : 12.000 chez British Airways, 5.000 chez la scandinave SAS, 2.000 chez Icelandair… Airbus a par ailleurs dévoilé mercredi une perte de 481 millions au premier trimestre.

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), ce sont 1,6 milliard de personnes dans le monde –les trois-quart des travailleurs informels de la planète– qui risquent de perdre leurs moyens de subsistance au cours de ce deuxième trimestre en raison de la pandémie, qui aura un “impact énorme en matière de pauvreté”.

– Toujours “privés d’école” –

Dans ce contexte, l’urgence du déconfinement s’impose de jour en jour, au risque pourtant de relancer la pandémie. La levée des restrictions, toujours progressive, est déjà entamée dans plusieurs pays européens : Autriche, Allemagne, Norvège, Danemark…

La Pologne a annoncé mercredi la réouverture des crèches, hôtels et centres commerciaux. La Suisse va accélérer l’assouplissement des restrictions, jugeant que la population devait “apprendre à vivre” avec le virus. La Finlande a annoncé une reprise dans les écoles pour la mi-mai.

La France commencera à se déconfiner le 11 mai, mais seulement si les indicateurs sanitaires le permettent, a prévenu l’exécutif. Et avec campagne de tests, masque obligatoire dans les transports publics et réouverture progressive des écoles et commerces, à l’exception des cafés et restaurants.

En Espagne, la feuille de route du gouvernement prévoit à partir du 9 mai un déconfinement par “phases” jusqu’à “fin juin”. Les écoles, elles, resteront fermées jusqu’en septembre.

En Italie, les mesures seront également strictes pour le déconfinement programmé le 4 mai: rassemblements interdits, déplacements entre régions interdits, port du masque obligatoire dans les transports.

Quelque 1,3 milliard d’élèves dans 186 pays sont toujours concernés par la fermeture de leur école ou de leur université, selon les derniers chiffres de l’Unesco, qui constate un “début de réouverture progressive des établissements scolaires dans certains pays”.

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