Coronavirus: Pour l’OMS, la lutte sera longue , l’UE cherche à relancer l’économie

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Genève (AFP) – La lutte contre le nouveau coronavirus sera longue, a averti l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui met en garde contre tout relâchement des Etats impatients de relancer leurs économies plongées dans la récession par des semaines de confinement.

“Ne vous y trompez pas : nous avons encore un long chemin à parcourir. Ce virus nous accompagnera pendant longtemps”, a prévenu mercredi le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, redoutant le “danger” de la “complaisance” face à une pandémie, qui a fait plus de 180.000 morts dans le monde depuis son apparition en Chine en décembre.

Malgré ces avertissements, l’Etat de Géorgie, aux Etats-Unis, a décidé de rouvrir dès vendredi ses salons de tatouage, de soins esthétiques et les salles de gym. Lundi ce sera au tour des cinémas et des restaurants, qui devront imposer de strictes mesures de distance sanitaires.

Cette décision a suscité les réticences y compris du président Donald Trump, pourtant impatient de “redémarrer” l’économie de la première puissance mondiale. Il s’est dit en “désaccord profond” avec le gouverneur de cet Etat du sud du pays, estimant que les commerces concernés ne faisaient pas partie de la première phase du plan préparé par la Maison Blanche.

“C’est trop tôt, ils peuvent attendre encore un petit peu”, a-t-il encore dit, alors que les Etats-Unis, avec 46.583 morts, est le pays officiellement le plus endeuillé au monde par le Covid-19.

– L’Allemagne prête à contribuer plus –

En Europe, des dirigeants se retrouvent jeudi en début d’après-midi, pour un sommet en visioconférence censé trouver les solutions pour sortir l’Union européenne de la récession.

La chancelière Angela Merkel a déclaré que l’Allemagne était prête, “dans un esprit de solidarité”, à des “contributions beaucoup plus importantes” au budget de l’UE.

“Un plan européen de relance économique pourrait soutenir la reprise au cours des deux prochaines années et nous y travaillerons”, a-t-elle ajouté devant les députés allemands.

Tentés de relancer l’activité économique face à des PIB en chute et une courbe du chômage en hausse, plusieurs pays européens ont commencé à alléger progressivement les mesures de confinement que leurs populations sont contraintes de respecter depuis le mois dernier.

En Allemagne, commerces d’alimentation, librairies, concessionnaires automobiles… La plupart des magasins d’une surface inférieure à 800 mètres carrés ont rouvert lundi tandis qu’Angela Merkel a estimé qu'”aller trop vite serait une erreur”.

Bars, restaurants, lieux culturels, terrains de sports y demeurent donc encore fermés. Et les écoles et lycées ne rouvriront que progressivement. Par ailleurs, Berlin et dix des 16 Etats fédérés allemands ont décidé d’imposer le port du masque dans les transports publics.

L’Autriche, la Norvège ou le Danemark sont engagés sur la voie de l’assouplissement de leurs mesures de confinement, tout en conservant des mesures de “distanciation sociale”.

L’Italie, la France, la Suisse, la Finlande et la Roumanie préparent aussi un prudent déconfinement alors que malgré des signes de décélération, le seuil des 112.000 morts a été dépassé sur le Vieux Continent.

L’Italie (25.085 morts) et l’Espagne (21.717) sont les pays en Europe les plus atteints, suivis de la France (21.340) et du Royaume-Uni (18.100).

Au Royaume-Uni, le chef des services sanitaires britanniques, Chris Whitty, a douché les espoirs de ceux qui espéraient que Londres allait suivre la tendance européenne à alléger dans les semaines à venir les mesures de confinement.

“A long terme, on s’en sortira (…) idéalement avec un vaccin très efficace (…) ou des médicaments très efficaces qui permettront aux gens de ne plus mourir de cette maladie, même s’il l’attrapent”, a-t-il dit.

– Pillage au Venezuela –

La course mondiale à l’élaboration d’un vaccin, à laquelle participent toutes les nations et tous les grands laboratoires et firmes pharmaceutiques, a été relancée mercredi avec le feu vert donné par l’autorité fédérale allemande chargée de la certification des vaccins à un essai clinique sur les humains par le laboratoire BioNTech en lien avec le géant américain Pfizer.

Actuellement, cinq projets de vaccin dans le monde en sont aux essais sur des humains mais la mise au point d’une formule efficace et sûre ne devrait pas prendre moins de douze à 18 mois, estiment les experts.

En attendant ce vaccin, la pandémie va continuer à alimenter une crise économique mondiale aux répercussions inédites, que le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation internationale du travail (OIT) décrivent comme la pire depuis 1945.

La Corée du Sud a annoncé jeudi une contraction de 1,4% de son activité économique au premier trimestre par rapport à l’année précédente, et les autorités redoutent un nouveau ralentissement dans les mois qui viennent.

L’ONU s’est de son côté alarmée d’une “catastrophe humanitaire mondiale” : le nombre de personnes souffrant de famine risque de doubler pour atteindre “plus de 250 millions d’ici la fin de 2020”, selon elle.

A Cumana, au Venezuela, sept personnes ont été blessées mercredi lors d’une manifestation pour réclamer de la nourriture qui a dégénéré en “pillage” de commerces.

“Nous n’avons ni gaz, ni eau et rien à manger (…) Il n’y a pas d’essence pour les transports”, a déclaré à l’AFP Freddy Mago, un agriculteur qui s’est joint aux manifestants.

– Un ramadan en privé –

La grande ville du nord du Nigeria, Kano, a elle décidé d’évacuer quelque 250.000 enfants des rues pour freiner la propagation du coronavirus, et de les renvoyer dans leurs villages.

Ces enfants, venus pour certains dès l’âge de six ans apprendre le Coran auprès de maitres religieux dans des écoles non agréées, appelées Almajiri, doivent se débrouiller seuls, généralement en mendiant ou en effectuant des petits boulots.

Avec le confinement, il n’y aura pas de rassemblements pour de grands repas du soir (iftar), pas de prière nocturne à la mosquée (tarawih), pas de réunion entre amis jusque tard dans la nuit, pas de voyage dans les villes saintes de l’islam, pendant le ramadan qui démarre jeudi dans certains pays et vendredi dans d’autres.

Ce sera un “ramadan en privé, loin des uns et des autres et loin des mosquées”, résume Taulant Bica, un des responsables de la communauté musulmane albanaise.

Le président du Tadjikistan, pays qui assure être épargné par la pandémie du nouveau coronavirus, a de son côté appelé jeudi à ne pas jeûner pendant Ramadan pour ne pas se rendre vulnérable aux “maladies infectieuses”.

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