Turquie: Erdogan prête serment pour un mandat aux pouvoirs élargis

Partagez cet article

ANKARA (Reuters) – Recep Tayyip Erdogan, réélu le 24 juin à la tête de l’Etat turc, a prêté serment lundi après-midi avec des pouvoirs présidentiels accrus, qu’il dit vouloir utiliser pour faire de la Turquie une grande puissance économique. “En tant que président, je jure sur mon honneur et mon intégrité, devant la grande nation turque, d’oeuvrer dans toutes mes capacités à préserver et à exalter la gloire et l’honneur de la République de Turquie, et de remplir les devoirs qui sont les miens, en toute impartialité”, a-t-il dit devant les députés. Ses partisans l’ont ensuite acclamé, debout, pendant une minute.

Après cette prestation de serment devant le parlement, le président a participé à une cérémonie au vaste palais présidentiel qu’il a fait construire dans la capitale, Ankara. Parmi les plus de 7.000 invités figuraient le président vénézuélien Nicolas Maduro, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev et le président soudanais Omar Hassan al Bachir.

Dans la soirée, il annoncera la composition de son gouvernement, une équipe resserrée dont le nombre de portefeuilles doit être ramené de 20 à 16.

La réforme constitutionnelle entrée en vigueur lundi supprime le poste de Premier ministre et autorise le président à former ou à dissoudre le gouvernement mais aussi à limoger les membres de la fonction publique sans l’approbation du Parlement.

Recep Tayyip Erdogan a annoncé vendredi que ses ministres ne seraient pas forcément issus des rangs parlementaires de sa formation islamo-conservatrice, le Parti de la justice et du développement (AKP).

SYSTÈME PRÉSIDENTIEL

Il a fait voter de justesse par référendum l’an dernier sa réforme des institutions politiques, qui a remplacé le système parlementaire en vigueur par un système présidentiel. Il a ensuite convoqué des élections anticipées qui lui ont permis d’être réélu et d’inaugurer ses pouvoirs renforcés.

Erdogan affirme que sa réforme, la plus importante depuis la fondation de la République turque par Mustafa Kemal Atatürk sur les ruines de l’Empire ottoman il y a près d’un siècle, est nécessaire pour stimuler la croissance économique et garantir la sécurité du pays.

Ses opposants craignent une dérive vers l’autoritarisme. Ils accusent Erdogan de vouloir affaiblir les institutions laïques mises en place par Mustafa Kemal et d’éloigner la Turquie des valeurs occidentales de démocratie et de liberté d’expression.

A la veille de l’investiture, un décret a été pris annonçant la mise à pied de plus de 18.000 fonctionnaires dans l’anticipation de la levée de l’état d’urgence attendue courant juillet. L’état d’urgence a été instauré il y a deux ans dans la foulée du coup d’Etat manqué de juillet 2016, attribué aux réseaux du prédicateur musulman en exil Fethullah Gülen.

Plus de 150.000 employés de l’Etat ont perdu leur emploi à la suite de cette tentative de putsch. Quelque 77.000 d’entre eux ont été officiellement inculpés et placé en détention préventive dans l’attente de leurs procès, selon des données fournies en avril par le ministre turc de l’Intérieur.

La séance inaugurale de la nouvelle législature, également élue le 24 juin, a également eu lieu lundi. L’AKP dispose de 295 des 600 sièges et ses alliés du Parti d’action nationaliste (MHP) ont 49 sièges.

Donner votre avis