19/10/2021

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Liban: Saad Hariri jette l’éponge

Saad hariri

BEYROUTH (Reuters) – Saad Hariri a annoncé jeudi qu’il renonçait à former un gouvernement au Liban en raison de désaccords insurmontables, à ses yeux, avec le président Michel Aoun, prolongeant ainsi une impasse politique qui aggrave la crise financière et sociale dans laquelle est plongé le pays depuis des mois.

« Il est évident que nous ne serons pas capables de nous entendre avec son excellence le président », a dit le Premier ministre désigné à des journalistes à l’issue d’un entretien d’à peine 20 minutes avec Michel Aoun.

« C’est pourquoi je me récuse pour la formation d’un gouvernement », a déclaré le dirigeant sunnite, avant d’ajouter: « Que Dieu vienne en aide au Liban ».

Des manifestants ont bloqué des rues près des quartiers majoritairement sunnites de la capitale Beyrouth après cette déclaration, incendiant des poubelles et des pneus. Des militaires ont été déployés et ont tiré en l’air pour tenter de disperser la foule, ont montré des images télévisées.

Dans un communiqué publié par la présidence, Michel Aoun a déclaré que Saad Hariri ne s’était pas montré disposé à discuter du moindre changement à la proposition de gouvernement qu’il avait soumise la veille.

Le chef de l’Etat, chrétien maronite allié au mouvement chiite Hezbollah, a indiqué avoir proposé au Premier ministre désigné de réfléchir une journée de plus, ce que ce dernier a refusé.

Le communiqué des services de Michel Aoun précise que celui-ci va organiser au plus tôt des consultations parlementaires.

« ÉPISODE DRAMATIQUE »

Aucune personnalité ne se dégageant de manière évidente pour tenter de former un gouvernement, tâche revenant à un sunnite selon le partage confessionnel des postes au Liban, le retrait de Saad Hariri risque de retarder un peu plus la mise en oeuvre de réformes exigées par la communauté internationale, notamment la France, pour fournir au Liban une aide à même de le sortir de ce que la Banque mondiale a qualifié de pire récession de l’histoire moderne.

La devise libanaise a perdu plus de 90% de sa valeur en moins de deux ans, faisant basculer une grande partie de la population dans la pauvreté sur fond de pénuries générales dans la vie quotidienne.

S’exprimant devant la presse au siège des Nations unies à New York, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a dénoncé l’incapacité totale des dirigeants libanais à trouver une solution à la crise, qualifiant le renoncement de Saad Hariri d’épisode dramatique.

Saad Hariri a déclaré que Michel Aoun réclamait des changements fondamentaux dans la composition du gouvernement qu’il lui a soumis mercredi. Selon sa version de leur entretien, le chef de l’Etat lui a déclaré qu’ils ne pourraient pas parvenir à un compromis.

Saad Hariri a été désigné en octobre au poste de Premier ministre après la démission d’Hassan Diab à la suite de l’explosion au port de Beyrouth, qui a fait des centaines de morts et dévasté une partie de la capitale le 4 août 2020.

Cette explosion a alimenté la défiance d’une grande partie de la population à l’égard de la classe politique du Liban, accusée d’incompétence, de népotisme et de défense de ses intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.

La France réclame depuis des mois la formation d’un nouveau gouvernement et la mise en place de réformes comme condition au déblocage de milliards de dollars d’aide.

L’Union européenne a fait savoir lundi qu’elle comptait adopter d’ici fin juillet le cadre juridique d’un régime de sanctions contre les dirigeants libanais.