Irak : Premières élections depuis la défaite militaire de l’EI

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BAGDAD (Reuters) – Plus de 24 millions d’électeurs irakiens sont invités à participer samedi aux premières élections législatives depuis la victoire militaire sur les djihadistes du groupe Etat islamique, mais rares sont les Irakiens à penser que leurs nouveaux dirigeants seront en mesure d’apporter la stabilité et la prospérité économique promises de longue date.

Plus de 7.000 candidats sont en lice cette année pour les 329 sièges du parlement irakien, dans les 18 provinces, ou gouvernorats, du pays. Les bureaux de vote doivent fermer à 18h00 (15h00 GMT) et les résultats devraient être connus dans la soirée.

Une fois les résultats proclamés, la Constitution prévoit un délai maximum de 90 jours pour la formation du futur gouvernement.

Depuis le renversement de Saddam Hussein, en 2003, le poste de Premier ministre est dévolu à un chiite, la présidence du parlement revient à un sunnite et la présidence, poste largement protocolaire, est réservé à la communauté kurde. Tous trois sont désignés par les parlementaires.

Le scrutin, que l’EI a menacé de perturber, survient au terme d’une semaine marquée par l’annonce du retrait américain de l’accord de 2015 sur le programme nucléaire du voisin iranien. La décision de Donald Trump va rebattre les cartes diplomatiques et les équilibres géopolitiques dans la région. Téhéran et Washington sont chacun de leur côté des alliés de Bagdad.

Le futur gouvernement irakien devra donc veiller à un maintien des équilibres entre ses alliés mais aussi entre les communautés qui forment la population irakienne face aux tensions confessionnelles et séparatistes toujours prégnantes, quatre ans après l’irruption spectaculaire de l’Etat islamique.

L’organisation djihadiste, aujourd’hui en déroute sur le terrain, s’était nourrie en partie du ressentiment de la minorité sunnite, s’estimant lésée par la majorité chiite et le gouvernement alors conduit par Nouri al Maliki (2006-2014).

PERSISTANCE DE LA CORRUPTION

Le Premier ministre sortant Haïdar al Abadi, 66 ans, aborde ces élections sans garantie de succès.

Porté au pouvoir il y a quatre ans pour tenter d’en finir avec les pratiques jugées discriminantes de son prédécesseur, cet homme de compromis, inconnu à sa prise de fonction, deux mois à peine après la conquête de Mossoul par les djihadistes, a su faire taire les sceptiques.

L’ancien ingénieur un temps chargé de la maintenance des ascenseurs de la BBC lors de son exil britannique, sous Saddam, a inscrit à son bilan la victoire militaire contre l’EI, l’apaisement des tensions interconfessionnelles et le maintien de l’unité territoriale du pays après le référendum d’autodétermination kurde.

Sa liste, l’Alliance de la victoire, est la seule à présenter des candidats dans la totalité des 18 provinces. “Depuis 2003, c’est la première liste à se présenter dans les 18 provinces avec des candidats sunnites, chiites, kurdes, chrétiens et yazidis”, dit Badr al Fahl, candidat sunnite sur la liste d’Abadi à Tikrit.

Mais le Premier ministre sortant est parallèlement critiqué pour la persistance de la corruption au sein de l’appareil d’Etat, les difficultés économiques et les mesures d’austérité que son gouvernement a adoptées à la suite de la baisse des cours du pétrole et au nom du financement de la lutte contre l’EI, qui coûté quelque 100 milliards de dollars au pays.

“Il n’y a pas de confiance entre le peuple et la classe gouvernante”, explique un caissier de supermarché de 42 ans, Hussein Fadel. “Les différents camps sont abominables. Je n’irai pas voter.”

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