Nation

Hommage à Mohamed Harbi : Le « Gardien de la Mémoire » de la Révolution Algérienne s’est éteint

Le monde intellectuel et historique est en deuil. Mohamed Harbi, éminent historien, ancien militant de la cause nationale et témoin privilégié des soubresauts de l’Algérie contemporaine, nous a quittés ce jeudi 1er janvier 2026 à Paris, à l’âge de 92 ans. Il laisse derrière lui une œuvre monumentale qui a révolutionné la compréhension de la guerre d’indépendance.

Un engagement précoce pour l’indépendance

Né le 16 juin 1933 à El Harrouch, Mohamed Harbi a très tôt embrassé la lutte pour la dignité de son peuple. Après des études de philosophie à Paris, il s’immerge dans le militantisme au sein de la Fédération de France du FLN. Son intelligence stratégique le mène rapidement vers de hautes responsabilités : il devient membre de l’UGEMA en 1956 et collabore étroitement avec Krim Belkacem au sein du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Ambassadeur en Guinée puis Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères à l’aube de l’indépendance, il fut également l’un des artisans des négociations des accords d’Évian.

De la proximité du pouvoir à l’épreuve de la prison

Après 1962, Mohamed Harbi devient un conseiller influent du premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella. Cependant, le coup d’État de Houari Boumédiène en 1965 marque un tournant brutal dans sa vie. Fidèle à ses convictions, il est arrêté et emprisonné pendant trois ans, avant d’être placé en résidence surveillée dans le sud algérien, notamment à Béchar. Son refus de l’autoritarisme le contraint à l’exil en 1973, date à laquelle il s’évade pour rejoindre la France, entamant ainsi une seconde carrière, celle de l’universitaire rigoureux.

L’historien qui a brisé les tabous

C’est depuis son exil parisien que Mohamed Harbi va accomplir son œuvre la plus radicale : transformer le récit de la Révolution. Dans son ouvrage séminal, Aux origines du FLN. Le populisme révolutionnaire en Algérie (1975), il est l’un des premiers à déconstruire le mythe d’un parti monolithique. Avec une honnêteté intellectuelle rare, il dénonce les dérives autoritaires et les violences internes du mouvement, exprimant la souffrance de voir des idéaux de liberté se heurter à des méthodes de « fer et de sang ». Il devient alors le pionnier d’une histoire critique, loin des hagiographies officielles.

Un héritage académique et moral immense

Devenu professeur émérite à l’université Paris-VIII, Mohamed Harbi a formé des générations de chercheurs. Il n’a jamais cessé de militer pour la justice, s’impliquant notamment dans le tribunal Russell sur la Palestine. Sa disparition est une perte inestimable pour l’Algérie et pour l’histoire universelle. Il restera comme celui qui a su allier la passion du militant à la froide exigence de l’historien, rappelant sans cesse que la vérité, aussi douloureuse soit-elle, est le seul socle possible pour une nation libre.

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