Algérie: l’armée hausse le ton face aux contestations de la rue

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Paris (AFP) – En imposant au pouvoir civil le calendrier de la présidentielle en Algérie, le chef d’état-major de l’armée veut contrer une contestation populaire toujours dynamique, mais aussi prévenir de possibles dissensions au sein de l’institution militaire, estiment des experts.

Incarné par le général Ahmed Gaïd Salah, le haut commandement de l’armée a de facto pris les rênes du pays depuis que, soucieux de calmer un mouvement de contestation inédit né le 22 février, il a contraint Abdelaziz Bouteflika à la démission, le 2 avril, après 20 ans de pouvoir.

Effacé sur la scène politique et médiatique, Abdelkader Bensalah, chef de l’Etat par intérim, fait office de “façade” constitutionnelle, appliquant les orientations “suggérées” par le général Gaïd Salah lors de ses nombreuses allocutions traitant de la situation politique –une trentaine ces cinq derniers mois.

Mais, en fixant au 15 septembre précisément la date de lancement du processus électoral, le chef d’état-major a pour la première fois adressé ce qui s’apparente à un ultimatum public à M. Bensalah, à qui revient constitutionnellement la charge de convoquer les élections.

C’est “une façon de dire à Bensalah (…), tu ne pèses rien sur l’échiquier et c’est moi qui décide”, juge Moussaab Hammoudi, chercheur doctorant à l’Ecole des Hautes études en Sciences sociales (EHESS) à Paris.

Déjà, fin juillet, l’armée, refusant “de perdre davantage de temps”, avait désavoué le chef de l’Etat, en rejetant des “mesures d’apaisement” auxquelles il s’était engagé.

Car, malgré les demandes militaires pressantes d’une présidentielle “dans les plus brefs délais”, le chef de l’Etat par intérim n’a toujours pas enclenché le processus.

– “Opacité” –

Et, derrière M. Bensalah, c’est aussi à un cercle “dissident” de généraux que pourrait bien s’adresser le général Gaïd Salah, suggère M. Hammoudi, évoquant de potentielles “fractures internes” dans le haut commandement militaire.

Le fait qu’Abdelkader Bensalah refuse jusque-là “d’annoncer la convocation du corps électoral semble indiquer qu’il est poussé par d’autres cercles militaires qui sont contre la manière de faire de Gaïd Salah”, avance le chercheur.

Le 15 septembre, “on verra s’il signe ou non le décret” de convocation, et cela “reflètera les rapports de force au sein du haut commandement militaire”, poursuit-il.

Difficile d’apprécier ces éventuelles dissensions, tempère Dalia Ghanem Yazbeck, docteure en Sciences politiques.

Au sein de l’appareil algérien, “l’opacité est telle que même ceux qui sont dans le système ne connaissent pas les tenants et les aboutissants”, souligne cette chercheuse au Carnegie Middle East Center de Beyrouth, qui se dit “pas surprise” par le dernier discours d’Ahmed Gaïd Salah.

Depuis le départ de M. Bouteflika, “c’est l’armée qui gère la “transformation” politique, elle le fait avec des “guidelines” (directives générales, NDLR). Les militaires ont insisté depuis le début (…) pour organiser des élections alors même que les conditions ne s’y prêtaient pas”.

Aucun candidat n’osant se présenter face à l’ampleur de la contestation, une présidentielle prévue le 4 juillet, à la limite du délai d’intérim, a dû être annulée, plongeant l’Algérie dans une crise constitutionnelle.

– “Deal implicite” –

Le général Gaïd Salah “n’a plus besoin de donner de vernis légal” à la situation actuelle, parce que “tout le monde sait que (…) l’homme fort du régime algérien (…), c’est lui”, ajoute Dalia Ghanem-Yazbeck.

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