Accord de Vienne: Téhéran juge les efforts européens insuffisants

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TEHERAN (Reuters) – Les efforts déployés par l’Union européenne pour sauver l’accord sur le programme nucléaire de Téhéran dénoncé par les Etats-Unis sont insuffisants, a jugé dimanche le ministre iranien des Affaires étrangères.

“Avec le retrait de l’Amérique, les attentes (de l’Iran) vis-à-vis de l’Union européenne concernant la préservation des bénéfices de l’accord ont augmenté et, dans le contexte actuel, le soutien politique européen n’est pas suffisant”, a déploré Mohammad Javad Zarif, s’adressant à Miguel Arias Canete, commissaire européen à l’Energie, qui se trouve à Téhéran, rapporte l’agence de presse Irna.

Le revirement des Etats-Unis annoncé le 8 mai par Donald Trump, qui reproche à l’accord de Vienne de ne couvrir ni le programme balistique de Téhéran ni son rôle dans les conflits au Moyen-Orient, a ouvert la voie à des sanctions à l’encontre d’entreprises européennes ayant des activités en Iran, ce qui en a amené plusieurs à envisager d’y renoncer.

“L’annonce d’un éventuel retrait des grandes entreprises européennes qui coopèrent avec l’Iran n’est pas en accord avec l’engagement de l’Union européenne à poursuivre la mise en oeuvre” de l’accord, a poursuivi le chef de la diplomatie.

Les signataires européens de l’accord de Vienne promettent de faire tout leur possible pour préserver les relations commerciales et les investissements pétroliers qui ont repris après son entrée en vigueur, mais reconnaissent que leur marge de manoeuvre est étroite.

“Nous devons préserver cet accord afin de ne pas avoir à en négocier un nouveau. Notre message est très clair: il s’agit d’un accord nucléaire qui fonctionne”, a quant à lui souligné le commissaire européen à l’Energie, s’adressant à la presse après deux jours de discussions avec ses interlocuteurs iraniens.

VELAYATI DOUTE DE LA SINCÉRITÉ DES EUROPÉENS

La Commission européenne a décidé la semaine dernière de mettre en oeuvre une disposition adoptée en novembre 1996 pour contourner l’embargo américain à Cuba et protéger les entreprises européennes de l'”application extraterritoriale” des sanctions américaines.

A Paris, le ministre français de l’Economie et des Finances a proposé dimanche que Bruxelles prenne en charge le coût des sanctions financières que les Etats-Unis pourraient infliger aux entreprises européennes actives en Iran.

“Est-ce que nous acceptons que les Etats-Unis soient le gendarme économique de la planète ? La réponse européenne doit être clairement non”, a déclaré Bruno Le Maire.

Ali Akbar Velayati, proche conseiller de l’ayatollah Khamenei, guide suprême de la Révolution, a toutefois émis des doutes dimanche quant à la sincérité des Européens.

“Les contradictions dans les propos des autorités européennes sont suspectes. Nous espérons que nos représentants seront en mesure d’obtenir les garanties nécessaires dans le cadre de leurs négociations, parce qu’on en peut pas se fier à ceux qui hésitent et tiennent des propos contradictoires”, a-t-il estimé, selon Irna.

D’après le Welt am Sonntag, Européens, Chinois et Russes réfléchissent à un nouvel accord qui limiterait le programme balistique de Téhéran et ses ingérences dans les pays voisins, moyennant une aide financière.

Une réunion sur la marche à suivre après le revirement américain aura lieu la semaine prochaine à Vienne sous l’égide d’Helga Schmid, secrétaire générale du Service européen pour l’action extérieure (SEAA). De sources européennes, on assure que le thème de l’aide financière ne sera pas abordé lors de cette réunion.

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