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AFP  – Un portrait de l’ex-Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif à l’endroit où son frère Shahbaz Srarif organise un meeting de ses partisans pour l’accueillir à Lahore le 13 juillet 2017. L’ex-Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, condamné en son absence la semaine dernière à dix ans de prison pour corruption, est attendu vendredi au Pakistan, où il pourrait être mis en prison, venant troubler une scène politique de plus en plus tendue à deux semaines d’élections législatives à l’issue incertaine.

Ce retour intervient alors que deux attentats meurtriers ont visé vendredi des réunions électorales dans l’ouest du pays, faisant près de 90 morts au total. Ils n’ont pas été revendiqués dans l’immédiat.

L’ancien chef de gouvernement et sa fille Maryam ont été condamnés respectivement à 10 ans et 7 ans de prison par un tribunal anti-corruption vendredi dernier alors qu’ils se trouvaient à Londres au chevet de leur épouse et mère, qui y est soignée pour un cancer.

Ils ont annoncé leur retour ce vendredi dans leur fief de Lahore et demandé à leurs partisans de venir les accueillir à l’aéroport. Ils étaient attendus en début de soirée sur un vol en provenance d’Abou Dhabi.

“Je sais que (…) je serai emmené directement en prison”, avait auparavant déclaré M. Sharif dans une vidéo rendue publique vendredi par son parti. “Je veux dire aux Pakistanais que j’ai fait cela pour vous (…) Marchez avec moi, joignez vos mains aux miennes et changeons la destination du pays”, a lancé M. Sharif, qui reste très influent dans son pays.

Sa condamnation, dénoncée comme “politique” par son clan, a fait brusquement monter la tension avant des élections législatives prévues le 25 juillet dans le pays, que le PML-N, au pouvoir depuis 2013, espère remporter.

Elle a encore été accentuée jeudi lorsque le frère de Nawaz et chef du parti, Shahbaz Sharif, a affirmé que “des centaines de militants” de leur parti, le PML-N, avaient été arrêtés ces derniers jours pour les empêcher de venir démontrer leur soutien à M. Sharif.

“Le monde entier sait que le PML-N est ciblé”, a-t-il ajouté, dénonçant une “fraude pré-électorale criante”. “Demain nous irons à l’aéroport malgré cette brutalité et nous demeurerons complètement pacifiques”. Quelque 8.000 partisans étaient rassemblés autour de lui vendredi après-midi à Lahore, en partie bouclée a constaté l’AFP.

– Case prison –

Nawaz Sharif avait été destitué par la Cour suprême de son poste de Premier ministre en juillet 2017 après des révélations sur de luxueux biens immobiliers détenus par sa famille via des holdings off-shore.

La justice pakistanaise lui a ensuite interdit de diriger son parti, puis de participer à tout scrutin à vie. Son clan nie toute malversation et affirme que Nawaz Sharif est victime d’une conspiration ourdie par la puissante armée pakistanaise.

“Au Pakistan, les dirigeants doivent passer par la case prison, c’est important pour leur profil”, relève le journaliste Rahimullah Yusufzai.

Les images de Nawaz se séparant de sa femme souffrante pour affronter la prison sont “puissantes et cela va bénéficier à lui, à son parti et à sa famille”, a-t-il estimé.

Le retour de M. Sharif semble guidé par la volonté de sauver son parti, dont la campagne électorale bat de l’aile depuis son départ pour Londres et dont l’avance dans les sondages a fondu, estime également l’analyste pakistanais Zahid Hussain.

“Il est clair que les perspectives du parti (au scrutin) seraient pires s’il n’était pas revenu”, juge-t-il.

Le principal rival du PML-N au prochain scrutin sera le PTI, dirigé par l’ancien champion de cricket Imran Khan.

Dès avant la condamnation des Sharif, de nombreux observateurs s’inquiétaient du tour pris par la campagne électorale au Pakistan, où plusieurs cas d’enlèvements, pressions et menaces sur des médias et militants politiques ont été rapportés. Mise en cause, l’armée dément toute implication.

Deux attentats visant des réunions électorales ont par ailleurs secoué le pays vendredi, alourdissant encore l’atmosphère.

Le plus meurtrier, provoqué par un kamikaze dans la province instable du Baloutchistan a tué 85 personnes dont un candidat du parti Baluchistan Awami Party (BAP), Agha Umar Bungalzai.

Plus tôt vendredi, une bombe cachée sur une moto avait fait 4 morts et 39 blessés près de Bannu (nord-ouest) au passage du convoi d’un homme politique.

L’armée a indiqué cette semaine prévoir de déployer plus de 370.0000 hommes pour assurer la sécurité le jour du vote.

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